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puce titreMohamed Sail

 
Date de publication : 28 août 2007 par Nordine

Histoire de Mohamed Sail

Mohamed SAÏL (1894 - 1953)

Militant anarchiste et indépendantiste né le 14 octobre 1894 à Taourirt des Aït-Ouaghlis. Après des études primaires en Algérie, on ne sait dans quelles circonstances il s’est retrouvé en France. Pendant la première guerre mondiale, il est interné pour insoumission puis pour désertion. À sa libération, il s’installe dans la région parisienne et adhère à l’Union anarchiste. En 1923, il fonde avec Slimane Kiouane (?) le Comite de défense des indigènes algériens. Dès 1924, il publie ses premiers articles dans lesquels il dénonce le colonialisme, puis le centenaire de la conquête de l’Algérie... dans des publications anarchistes telles que Le Libertaire, La Voix libertaire ...

En 1932, il devient le gérant de L’Eveil social et y publie plusieurs articles où il appelle les Algériens à s’organiser et à se révolter. Mais un article antimilitariste lui valut des poursuites judiciaires à la fin de la même année. En 1934, il est arrêté pour possession d’armes prohibées. À sa libération, il continue à militer à l’Union anarchiste. Au début de la guerre d’Espagne, il s’engage dans le Groupe international de la colonne Durruti, créée par les anarchistes refusant de se fondre dans les brigades internationales, qu’ils considèrent contrôlées par les communistes. Ses premières lettres du front furent publiées dès octobre 1936 dans L’Espagne antifasciste. En novembre 1936, il est blessé près de Saragosse et rentre en France.

Membres du groupe international de la Colonne Durruti en 1936 sur le front d’Aragon.

En 1937, il participe à diverses manifestations : contre l’interdiction du PPA, contre la répression des manifestants tunisiens et pour le soutien à la révolution espagnole. En 1938, il est arrêté et condamné pour provocation antimilitaire. Sous l’occupation allemande, il est encore arrêté et interné dans le camp de Riom d’où il s’échappera. Il se spécialisa jusqu’à la Libération dans la fabrication de faux papiers. Dès 1946, il reprend sa lutte anticolonialiste dans Le Libertaire et ce jusqu’à sa mort en avril 1953.

La plupart de ses textes ont été regroupés sous le titre Appels aux travailleurs algériens et publiés par la Fédération anarchiste en 1994. Ce recueil est l’unique source d’information sur ce personnage exceptionnel, mais qui incarne remarquablement l’ouverture, très précoce, sur le monde et les courants d’idées universalistes qui a caractérisé les élites kabyles, dès le début du XXe siècle ; à ce titre, il mériterait certainement une enquête approfondie, dans son village d’origine et dans les milieux anarchistes où il a évolué.

Les textes de M. SAÏL sont d’une réelle importance du fait qu’ils démontrent la claire prise de conscience par le militant anarchiste et antifasciste de sa condition de colonisé devant lutter pour l’indépendance de son pays. Chez lui, l’engagement pour une idéologie n’empêche pas le combat pour l’algérianité, ni la prise de conscience de l’identité berbère. Cela est d’ailleurs très clair dans son texte La mentalité kabyle (1951) où il décrit avec fierté les valeurs traditionnelles des Berbères.Saïd CHEMAKH

Oeuvre de Mohamed Sail

La mentalité kabyle "

Lettre de Mohamed SAÏL parue dans Le Libertaire, n° 257, 16 février 1951.

« À maintes occasions, j’ai parlé dans ces colonnes du tempérament libertaire et individualiste caractérisé de mes compatriotes berbères d’Algérie. Mais aujourd’hui, alors que la caverne d’Ali Baba d’Outre-mer craque et croule, je crois utile d’affirmer, contre tous les pessimistes professionnels ou les rêveurs en rupture de places lucratives, que l’Algérie libérée du joug colonialiste serait ingouvernable au sens religieux, politique et bourgeois du mot. Et je mets au défi toutes les canailles prétendant à la couronne d’apporter la moindre raison valable et honnête à leurs aspirations malsaines, car je leur oppose des précisions palpables et contrôlables, sans nier cependant que leur politique à quelque succès quand il s’agit d’action contre le tyran colonialiste.

II faut voir l’indigène algérien, le Kabyle surtout, dans son milieu, dans son village natal, et non le juger sur son comportement dans un meeting, manifestant contre son ennemi mortel : le colonialisme.

Pour l’indigène algérien, la discipline est une soumission dégradante si elle n’est pas librement consentie. Cependant, le Berbère est très sensible à l’organisation, à l’entraide, à la camaraderie, mais, fédéraliste, il n’acceptera d’ordre que s’il est l’expression des désirs du commun, de la base. Lorsqu’un délègué de village est désigné par l’Administration, l’Algérien le considère comme un ennemi.

La religion qui, jadis, le pliait au bon vouloir du marabout, est en décadence, au point qu’il est commun de voir le représentant d’Allah rejoindre l’infidèle dans la même abjection. Tout le monde parle encore de Dieu, par habitude, mais, en réalité plus personne n’y croit. Allah est en déroute grâce au contact permanent du travailleur algérien avec son frère de misère de la métropole, et quelques camarades algériens sont aussi pour beaucoup dans cette lutte contre l’obscurantisme. Quant au nationalisme que j’entends souvent reprocher aux Algériens, i1 ne faut pas oublier qu’il est le triste fruit de l’occupation française. Un rapprochement des peuples le fera disparaître, comme il fera disparaître les religions. Et, plus que tout autre, le peuple algérien est accessible à l’internationalisme, parce qu’il en a le goût ou que sa vie errante lui ouvre inévitablement les yeux. On trouve des Kabyles aux quatre coins du monde ; ils se plaisent partout, fraternisent avec tout le monde, et leur rêve est toujours le savoir, le bien-être et la liberté.

Aussi, je me refuse à croire que des guignols nationalistes puissent devenir un jour ministres ou sultans dans le dessein de soumettre ce peuple, rebelle par tempérament.

Jusqu’à l’arrivée des Français, jamais les Kabyles n’ont accepté de payer des impôts à un gouvernement, y compris celui des Arabes et des Turcs dont ils n’avaient embrassé la religion que par la force des armes. J’insiste particulièrement sur le Kabyle, non pas parce que je suis moi-même kabyle, mais parce qu’il est réellement l’élément dominant à tout point de vue et parce qu’il est capable d’entraîner le reste du peuple algérien dans la révolte contre toute forme de centralisme autoritaire.

Le plus amusant de l’histoire, c’est que la bande des quarante voleurs ou charlatans politiciens nous représente le nationalisme d’Outre-mer sous la forme d’une union arabe avec l’emblème musulman et avec des chefs politiques, militaires et spirituels à l’image des pays du Levant. J’avoue que le dieu arabe de nos sinistres pantins d’Algérie a bien fait les choses, puisque la guerre judéo-arabe nous révéla que les chefs de l’islamisme intégral ne sont rien d’autre que de vulgaires vendus aux Américains, aux Anglais, et aux Juifs eux-mêmes, leurs prétendus ennemis. Un coup en traître pour nos derviches algériens, mais salutaire pour le peuple qui commence à voir clair.

Pensez donc, un bon petit gouvernement algérien dont ils seraient les caïds, gouvernement bien plus arrogant que celui des Roumis, pour la simple raison qu’un arriviste est toujours plus dur et impitoyable qu’un « arrivé ». Rien à faire, les Algériens ne veulent ni de la peste, ni du choléra, ni d’un gouvernement de Roumi, ni de celui d’un caïd. D’ailleurs, la grande masse des travailleurs kabyles sait qu’un gouvernement musulman, à la fois religieux et politique, ne peut revêtir qu’un caractère féodal, donc primitif. Tous les gouvernements musulmans l’ont jusqu’ici prouvé.

Les Algériens se gouverneront eux-mêmes à la mode du Village, du douar, sans députés ni ministres qui s’engraissent à leurs dépens, car le peuple algérien libéré d’un joug ne voudra jamais s’en donner un autre, et son tempérament fédéraliste et libertaire en est le sûr garant. C’est dans la masse des travailleurs manuels que l’on trouve l’intelligence robuste et la noblesse d’esprit, alors que la horde des "intellectuels" est, dans son immense majorité, dénuée de tout sentiment généreux.

Quant aux staliniens, ils ne représentent pas de force, leurs membres se recrutent uniquement parmi les crétins ou déchet du peuple. Car l’indigène n’a guère d’enthousiasme pour se coller une étiquette, qu’elle soit mensongère ou superfasciste. Pour les collaborateurs, policiers, magistrats, caïds et autres négriers du fromage algérien, leur sort est réglé d’avance : la corde, qu’ils valent à peine.

Pour toutes ces raisons, mes compatriotes doivent-ils être considérés comme d’authentiques révolutionnaires frisant l’anarchie ? Non, car s’ils ont le tempérament indiscutablement fédéraliste et libertaire, l’éducation et la culture leur manquent, et notre propagande, qui est cependant indispensable à ces esprits rebelles, leur fait défaut.

C’est ce pourquoi œuvrent nos compagnons anarchistes de la fédération nord-africaine. »

En savoir plus sur Mohamed SAÏL

Mis en ligne par Menouar le 18 Août 2006.

N.B. Vous pouvez reprendre une partie de cet article à condition de mettre un lien vers notre site. Nous vous remercions de votre compréhension.http://tadukli.free.fr/

Source : Dictionnaire Biographique de la Kabylie, pp. 190-191, Ina-Yas/Edisud ISBN : 2-7449-0234-9.

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  • Le 17 octobre 2009, par zahir de bougie

    merci de me faire découvrir Mohamed Sail dont je dois avouer j’ignorer même l’existence, je voudrais en savoir davantage encore une fois merci

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